Préface de Carole M.

Comment accompagner un être proche, lorsque la maladie désorganise son être de toujours et morcelle son quotidien ? Comment soi-même accepter que l’aventure n’aura peut- être pas l’issue souhaitée ?

La famille de Chantal se resserre autour d’elle, telle un équipage prêt à tous les roulis. Jeanne, la narratrice, fait de sa mère un portrait contagieux de générosité et d’humour : une lutteuse au plus près de ses ressentis ; une « mama » ; une étoile pour les siens. On se parle, dans cette famille ; on se touche. On se regarde, on est solidaire. On rit dès qu’on le peut. On s’écoute. Et lorsqu’on recourt à un certain déni pour éviter de voir ce qu’on ne peut encore affronter, c’est d’autant plus émouvant. Ce récit nous rappelle que les héroïnes elles-mêmes sont des humains, faillibles. Que nous sommes tous les héros de la banalité, à condition de la prendre à bras le corps ; et de prendre dans ses bras ceux qu’on aime. « On peut toujours découvrir davantage de ceux qu’on croyait connaître », constate Jeanne. C’est ce regard-là, cette recherche de justesse, de dialogue et d’accompagnement, qui rendent ce livre si lumineux jusque
dans ses tempêtes.

Jeanne affronte ces turbulences avec la même détermination qui l’avait envoyée au bout du monde. Se confronter à un amour quasi fusionnel, et à l’absence peut-être à venir ; à l’absence comme un abîme. Poursuivre malgré tout son parcours de jeune femme, ses ambitions, ses amitiés, ses fraternités ; ne pas refuser les cadeaux que vous fait cette chienne de vie, au moment où elle vous enlève votre noyau.

Il faut du courage pour aimer ; reste ensuite à s’en remettre.

Lorsque je refais la traversée de ce récit (car je l’ai vu évoluer au fil des mois), toujours le bouleversement m’emporte. Une sorte de joie aussi, comme à chaque fois qu’on vous rappelle à l’essentiel : le devoir d’être profondément, droitement humain ; c’est-à-dire relié ; et vivant, dans l’ici et maintenant.

La vie vous fait mal, mais elle vous transcende aussi. Ce livre en est la preuve.

Merci de ce partage.

Carole Menahem-Lilin